Depuis la généralisation de la complémentaire santé en entreprise, chaque employeur doit proposer à ses salariés une mutuelle collective respectant un panier de soins minimum et financée au moins pour moitié selon les règles fixées par la convention collective appliquée dans l’entreprise. Bien que ce régime soit obligatoire (en application de l’article L. 911-7 du Code de la Sécurité sociale), certains salariés peuvent demander à en être dispensés.

Ces dispenses, souvent perçues comme un simple formalisme administratif, sont en réalité encadrées par des règles précises, dont le non-respect peut coûter très cher. Lors des contrôles Urssaf, la gestion des dispenses d’affiliation constitue, d’ailleurs, l’un des sujets les plus souvent mis en cause. Une prise en charge rigoureuse de leur recueil, de leur mise à jour et de leur archivage est donc indispensable pour sécuriser l’entreprise.

Un enjeu « paie/RH »… mais aussi un enjeu Urssaf

Si la mise en place de la complémentaire santé est obligatoire, les cotisations patronales afférentes bénéficient d’un traitement social de faveur, prévu à l’article L.242‑1, 4° du Code de la Sécurité sociale, sous réserve que le régime soit :

  • collectif ;
  • obligatoire ;
  • responsable ;
  • et mis en place selon l’une des modalités prévues à l’article L. 911‑1 (accord collectif, référendum ou décision unilatérale).

Le caractère « obligatoire » est donc essentiel. Dès qu’il est fragilisé – par exemple en raison d’une dispense non encadrée, non formalisée ou dépourvue de justificatif – l’Urssaf peut considérer que le régime ne répond plus aux conditions d’exonération. Une simple omission administrative peut alors entraîner une réintégration des cotisations patronales dans l’assiette des charges sociales, avec rappels et majorations.

Les situations permettant à un salarié d’être dispensé

Les dispenses d’adhésion sont définies exclusivement par les textes. Elles se répartissent en deux catégories :

Les dispenses « de droit »

Ces dispenses s’appliquent même si elles ne figurent pas dans l’acte de mise en place du régime. Elles concernent :

  • les salariés bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire (C2S) ;
  • les salariés déjà couverts par un contrat individuel au moment de leur embauche (jusqu’à son échéance) ;
  • les salariés bénéficiant déjà d’une couverture collective obligatoire, y compris en tant qu’ayant droit ;
  • les salariés en CDD ou mission temporaire, sous conditions ;
  • les salariés multi‑employeurs, pouvant choisir la couverture d’un autre employeur ;
  • les salariés présents lors d’une mise en place par décision unilatérale (loi Évin).

Les dispenses prévues dans l’acte de mise en place

L’employeur peut compléter la liste des dispenses dans l’acte instituant le régime (accord collectif, DUE). Sont notamment visés :

  • les CDD, apprentis ou intérimaires ;
  • les salariés à temps partiel, dont la cotisation représenterait plus de 10 % du salaire brut ;
  • les salariés déjà couverts par certains autres régimes spécifiques.

Ces dispenses ne sont valables que si elles figurent noir sur blanc dans l’acte et si le salarié en fait la demande par écrit, avec justificatifs à l’appui.

Bon à savoir

La dispense est toujours à l’initiative du salarié. L’employeur ne peut pas décider unilatéralement d’exclure un salarié de la mutuelle. C’est au salarié de formuler une demande écrite.

Notez que certaines situations donnant droit à dispense sont limitées dans le temps :

  • échéance d’un contrat individuel ;
  • fin de la C2S ;
  • changement de couverture via le conjoint ;
  • évolution du temps partiel ;
  • fin d’un CDD, etc.

Sans actualisation, l’entreprise peut, à tort, maintenir une dispense devenue invalide.
C’est pourquoi une revue annuelle systématique est fortement recommandée.

Pourquoi formaliser et renouveler les dispenses ?

Toute demande de dispense doit être :

  • formulée par écrit par le salarié (jamais une décision de l’employeur) ;
  • datée et signée par le salarié ;
  • accompagnée d’un justificatif adapté au cas de dispense invoqué ;
  • renouvelée chaque année (le salarié doit confirmer que sa situation n’a pas changé).

Elle doit préciser le motif de la dispense, l’organisme assureur couvrant le salarié et la date de fin des droits, lorsqu’elle est connue.

En cas de contrôle, l’entreprise doit pouvoir présenter la demande écrite et les justificatifs associés.

Une dispense orale, incomplète ou non accompagnée d’un justificatif peut remettre en cause le caractère obligatoire du régime. Si l’obligation d’affiliation n’est plus démontrée, l’Urssaf peut réintégrer la totalité des contributions patronales dans l’assiette des cotisations.

Zoom sur l’arrêt de la Cour de cassation (2e chambre civile, 16 octobre 2025, n° 23-16.350)

Une salariée n’avait pas adhéré à la mutuelle d’entreprise. L’employeur, lors d’un contrôle Urssaf, était incapable de produire la demande de dispense signée. Résultat : le redressement a été confirmé. L’absence de justificatif équivaut à l’absence de dispense. Et le départ du salarié de l’entreprise n’efface pas l’obligation de conserver les preuves.

Les conséquences pratiques sont lourdes :

  • Sans justificatif de dispense valide → le régime perd son caractère obligatoire.
    • En perdant son caractère obligatoire → les cotisations patronales sont réintégrées dans l’assiette des charges sociales.
  • Le redressement peut porter sur 3 ans et s’appliquer à tous les salariés du régime concerné.

Cet arrêt renforce la nécessité de formaliser chaque demande, de conserver les justificatifs, et de pouvoir les présenter à tout moment.

Sécuriser le formalisme encadrant les dispenses de mutuelle

Pour limiter le risque Urssaf, voici 5 réflexes essentiels :

1-Vérifier et mettre à jour la DUE

Bien vérifier qu’elle est conforme (notamment aux nouvelles catégories objectives depuis 2022).

2-Exiger une demande écrite et signée pour chaque dispense 

Jamais de dispense orale.

3-Demander et conserver les justificatifs adaptés 

Et les renouveler chaque année (mutuelle du conjoint, contrat individuel, C2S…).

Motif de dispense Justificatif attendu

Couverture en tant qu’ayant droit (conjoint)

Attestation de couverture collective émise par l’employeur du conjoint + copie de la carte de mutuelle mentionnant les ayants droit.
À défaut : attestation sur l’honneur du salarié + copie de carte.

Mutuelle individuelle en cours

Attestation d’assurance individuelle responsable en cours de validité.

CDD < 3 mois (dispense de droit)

Demande écrite du salarié.
Justificatif de couverture individuelle si disponible.

Salarié multi-employeurs

Attestation d’adhésion à la mutuelle collective d’un autre employeur, renouvelée annuellement.

Contrat Madelin/Fonction publique

Attestation de la mutuelle ou de l’organisme concerné.

4-Archiver de manière rigoureuse 

Conserver les demandes sans limitation de durée, même après le départ du salarié.

5-Auditer régulièrement 

Une revue annuelle des salariés non affiliés permet d’éviter les « dispenses oubliées ».

À retenir

Loin d’être une simple formalité administrative, la gestion des dispenses représente un enjeu de conformité Urssaf. Une maîtrise rigoureuse du dispositif contribue à sécuriser les exonérations sociales, à prévenir de lourds redressements et à aborder les contrôles en toute sérénité.